Rassemblement Des Républicains

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Il nous faut être unis si on veut conserver le pouvoir en 2020
20 Août
2017

Il nous faut être unis si on veut conserver le pouvoir en 2020

Son franc-parler dérange parfois, même dans son propre camp. Mais, le Ministre Cissé Ibrahim Bacongo reste égal à lui-même. Dans cet entretien accordé au Patriote, le conseiller spécial du Président de la République chargé des affaires juridiques et politiques ne détonne pas. Sans fard ni tabou, il se prononce sur le prochain congrès du RDR, la question des Soroïstes, du RHDP et surtout celle de l’union et l’entente au sein du RDR qui, pour lui, déterminera l’avenir de ce parti politique
Le Patriote : Monsieur le Ministre, dans quelques jours, le RDR, votre parti, tiendra son troisième congrès ordinaire. Comment s’organise la mobilisation autour de cet événement.

Cissé Ibrahim Bacongo : Je voudrais vous remercier pour l’opportunité que vous m’offrez, en tant que cadre du parti, pour parler du grand rendez-vous que notre parti est en train de préparer. Le congrès, comme vous le savez, est l’instance suprême d’un parti politique. C’est à cette occasion que les grandes décisions se prennent, à tout point de vue. Qu’il s’agisse de la vie du parti, de l’organisation, de son fonctionnement, des structures et même de stratégie globale, c’est à cette occasion que tout cela est d’abord analysé en termes de bilan, ensuite examiné en termes de projection. Notre parti, qui est actuellement au pouvoir avec d’autres formations politiques du RHDP, connaît comme tous les partis au pouvoir, une certaine latence dans son fonctionnement. Nos militants sont en proie au doute et s’interrogent quant à l’avenir. Des ressentiments et des frustrations sont exprimés. Des militants plus ou moins désabusés. Toutes ces réactions traduisent l’impatience des militants, parce que, pour eux, leurs attentes n’ont pas encore été satisfaites. Toute chose qui laisse croire que le RDR est à la croisée des chemins. Il fallait donc que ce congrès ait lieu pour que le parti soit remis en selle et en ordre de bataille. La direction a donc bien fait d’organiser des précongrès qui ont permis aux militants de formuler des critiques sur l’organisation, le fonctionnement, la gestion, les relations du parti avec les autres partis politiques, etc. Les militants ont réagi comme la direction l’entendait. Sur l’ensemble du territoire national où les précongrès ont été organisés, les militants se sont exprimés. Ils ont dit tout ce qu’ils avaient sur le cœur. Ils ont dit tout ce qu’ils reprochaient à la direction et, au-delà de la direction, au Gouvernement. Puisque le Gouvernement comporte des cadres de notre parti. Ils ont également reconnu ce qui a marché. Mais, ils ont aussi émis leurs espérances. C’est sur la base des conclusions de ces pré- congrès, agréées par le comité scientifique, que le congrès va avoir lieu. Pour nous, ce congrès est donc historique, puisqu’il va intervenir dans la perspective de 2020. Nous savons tous ce que 2020 représente pour la Côte d’Ivoire. Le congrès va permettre de remettre le parti en ordre de bataille et de rassembler toutes nos forces afin d’aborder l’échéance 2020 avec de meilleures chances. LP : En prélude à ce congrès, on assiste à des meetings éclatés à travers le pays. Cette stratégie estelle adaptée au contexte pour mobiliser les militants ? CIB : Je pense que cette stratégie est adaptée et opportune. Pour moi, elle s’impose dans la mesure où les précongrès ont permis aux militants de s’exprimer. Il fallait revenir vers eux pour leur dire que leurs récriminations et critiques ont été bien entendues et transmises à la direction qui, au cours du dernier bureau politique, a fait le point de tout ce que les militants réclament. Ensuite, il faut continuer de leur dire, jusqu’au dernier jour, que personne ne doit rester à la maison. Personne ne doit rester en marge de ce grand rassemblement. Tout le monde doit se sentir concerné. Tous les militants doivent se mobiliser, main dans la main, soudés comme par le passé. C’est ce qui nous a permis de surmonter tous les écueils, tous les obstacles, depuis 1994 jusqu’à notre accession au pouvoir. Il faut continuer de se battre. Car, une chose est d’arriver au pouvoir. Une autre est de conserver ce pouvoir. C’est une autre bataille qu’il faut livrer pour conserver ce pouvoir. Mais, ce n’est pas parce qu’on n’a pas obtenu un poste qu’on doit croiser les bras. Ce n’est pas par le découragement qu’on arrivera à remporter la bataille de la conservation du pouvoir. C’est dans la durée que les préoccupations qui n’ont pas pu être gérées, le seront. LP : Vous avez récemment affirmé au cours d’un meeting que le prochain congrès du RDR est celui du « destin ». Qu’entendez-vous par cette déclaration ? CIB : Ce congrès est celui du destin d’abord, parce que le RDR est arrivé à un stade où il devra se battre pour conserver le pouvoir en 2020. Tant que le Président Alassane Ouattara était notre champion pour la conquête du pouvoir, on pouvait se permettre certaines libertés. Parce qu’avec son aura personnelle, son image, son autorité, son charisme, il constituait à lui 50% du combat. Il a annoncé à notre désarroi qu’il n’allait pas se présenter en 2020 et que c’était son dernier mandat. C’est une responsabilité immense qu’il nous met sur les épaules, car on ne peut plus compter sur lui pour conserver le pouvoir. Sans doute qu’il sera là pour faire ce qu’il faut, en tant que premier responsable du parti. Mais, ce n’est pas lui qui va se présenter devant les électeurs. Il nous faut donc être soudés dans ce combat. Aucun militant ne doit manquer à l’appel. Au-delà de tout ce qui peut nous diviser, nous devons être tous ensemble. Parce qu’en 2020, nous devons être encore là afin de satisfaire les aspirations de nos militants. Nous devons être encore là en 2020 pour donner du travail à tous ceux qui n’en ont pas eu, donner la possibilité d’entreprendre à toutes celles et tous ceux qui veulent entreprendre afin de continuer à faire rêver toute la Côte d’Ivoire. Parce que le Président Alassane Ouattara n’a fait que tracer les sillons. Nous devons continuer de travailler à rendre fort le RDR afin d’approfondir ces sillons. C’est la raison pour laquelle je qualifie le prochain congrès de celui du destin. Nous devons être tous ensemble et regarder dans la même direction pour conserver le pouvoir d’Etat. LP : Le prochain congrès du RDR intervient dans un contexte où il y a des frictions au sein de la Case. Il y a les « Soroïstes » qui ont fait une sortie récemment où le Président Ouattara a été pris à partie. La réaction ne s’est pas fait attendre. Certains cadres ont perdu leur poste dans l’administration. Pour dire que ce n’est la grande sérénité. Quelle stratégie la direction du RDR adopte-t-elle pour ramener tout le monde dans la Case pour un congrès réussi ? CIB : Comprenez que, dans un parti politique, il peut exister des affinités entre certains militants. Ainsi, des militants peuvent être en harmonie avec Hamed Bakayoko, Mamadou Sanogo, Cissé Bacongo, Amadou Gon Coulibaly, Adama Bictogo, Guillaume Soro etc. Ces affinités peuvent être personnelles ou politiques. Mais, elles ne conduisent pas à la création d’entités autonomes. Il y a un parti, le RDR qui a une direction, une discipline et qui fonctionne d’une certaine manière. Nous sommes tous militants de ce parti. On ne peut empêcher quelqu’un de parler à un cadre ou à un autre. Cela dit, les difficultés dans lesquelles nous sommes actuellement sont des querelles de famille qui doivent trouver leur solution en famille. Le congrès en est la meilleure occasion. Beaucoup de choses sont faites dans l’ombre et qu’on n’a pas besoin d’étaler sur la place publique, pour ne pas qu’on aille plus loin. On travaille actuellement pour que la tension chute et qu’on regarde dans la même direction. Lorsqu’on ira au congrès, il y aura des échanges francs, courtois et fraternels de sorte qu’on sorte plus unis de ce congrès. LP : Vous êtes optimiste pour la question… CIB : Je suis de nature optimiste. Je pense que ce ne sont que des querelles de famille qui se règleront en famille. Et le meilleur moment pour moi, c’est le congrès. On fera tout pour que jusqu’à la date du congrès, on ira tous ensemble chanter l’hymne du parti pour renouer les fils de la fraternité qui, à un moment donné, ont été rompus. LP : Mais quelle est la place des Forces nouvelles dans l’organisation de ce Congrès ? CIB : Il n’y a plus de Forces nouvelles depuis belle lurette. Ceux ou celles qui animaient les Forces nouvelles sont dans leur écrasante majorité au RDR. Le Président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, ancien secrétaire général des Forces nouvelles, premier responsable de ce mouvement, est député de Ferké au titre du RDR. Il a été élu sous la bannière du RDR en tant que Président de l’Assemblée nationale. Le ministre Alain Lobognon, le député de Fresco, est fondamentalement RDR. Avant son adhésion aux Forces nouvelles, il était président RJR de PortBouët. Ensuite, il a travaillé au cabinet du Président Alassane Ouattara de 2000 à 2003. Le ministre Moussa Dosso était dans le secteur privé, Sidiki Konaté était à l’extérieur, Affoussiata Bamba également. Mais tous ceux qui étaient dans les Forces nouvelles sont des militantes et militants du RDR à part entière. On ne peut plus parler de FN. Il n’y a pas de raison que cette entité se reconstitue d’une manière ou d’une autre sous une forme au sein du RDR. Un parti politique, c’est un ensemble avec une direction, une organisation, une unité d’action. Il ne peut donc y avoir une organisation dans une organisation. On peut, peut-être, songer à un courant de pensée dans un parti, mais cela s’arrête aux idées. Un courant de pensée qui apporte à la ligne du parti, mais qui ne peut pas être en contradiction avec cette ligne. LP : Vous semblez minimiser le problème. Pourtant, les faits sont les faits. Le mouvement des « Soroïstes » est une réalité. Vousmême qui êtes en face de nous, on vous taxe de « Soroïstes ». Qu’en est-il ? CIB :Chaque fois que cette question m’est posée, je suis partagé entre la colère, l’énervement et l’emportement, d’une part et l’indifférence et le mépris souverain, d’autre part. Pourquoi ? Parce que de deux choses, l’une. Ou bien, ceux qui instruisent ce procès en sorcellerie sont des aventuriers et de nouveaux convertis, auquel cas il pourrait suffire de leur dire que Cissé Ibrahim Bacongo milite au RDR, activement, à visage découvert et en première ligne, depuis la création du parti, en 1994, à travers des contributions intellectuelles écrites, des conférences publiques, des débats d’idées radio-télé et, plus tard, des meetings. Ou bien, les procureurs sont d’anciens militants et cadres du parti, dans ce cas chacun comprendra qu’il s’agit d’un combat d’arrière-garde, par prévention, contre un adversaire imaginaire ou présumé. Après ce coup de colère, pour m’apaiser, je voudrais dire, en réponse à votre question, qu’en tant que cadres et militants du RDR et tous deux députés, lui Président de l’Assemblée nationale, au titre du même parti, le Président Guillaume Soro Kigbafori et moi entretenons les rapports que pourraient et devraient entretenir des militants et des députés du même parti. Nous nous rencontrons aux réunions du parti auxquelles j’ai l’honneur de participer en même temps que lui. Pour le reste, n’ayant pas fait partie de la structure civile et politique des exForces Nouvelles, je ne saurais être suspecté d’assister à des réunions d’anciens des ex-Forces Nouvelles. Ensuite, de nombreux cadres, femmes et hommes, jeunes comme adultes, qui ont pu connaitre une ascension sociale ou bénéficier d’une nomination ou d’une promotion, directement ou par personne interposée, de la part de Guillaume Soro Kigbafori, à partir des différents postes qu’il a occupés, de 2003 à maintenant, peuvent lui manifester de la reconnaissance. Enfin, en ce qui me concerne, mes souvenirs politiques sont associés au RDR. Mes joies et mes peines, je les ai connues au RDR, en tant que militant. Mes différentes nominations aux postes de responsabilités que j’ai occupés au RDR et dans le Gouvernement, de 2005 à 2015, ont été décidées par le Président Alassane Ouattara. Voilà chers amis, je ne suis pas plus proche de Soro que du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, avec qui j’ai une longue histoire, faite de plus hauts que de bas, que du Ministre d’Etat Hamed Bakayoko, que des ministres Kandia Camara, Ibrahim Ouattara, Ally Coulibaly, Adama Bictogo, Gilbert Kafana Koné … LP : Vous avez plusieurs fois fait des sorties dans la presse où vous n’avez pas été tendre avec la direction de votre parti. Vous avez dénoncé la manière dont était organisé le Bureau politique à la rue Lépic qui ressemblait à du folklore. Qu’est-ce qui explique cela ? CIB :Il y a longtemps que j’ai tenu ces propos que j’assume. J’ai toujours été ainsi. Lorsque j’étais directeur de cabinet de Djéni Kobina, à chaque bureau politique, je me tenais à la porte pour vérifier si ceux qui voulaient franchir la porte de la salle de réunion étaient des membres statutaires du bureau politique. Il y avait une liste de personnalités. Lorsque votre nom était sur la liste, vous émargez et vous rentrez. Vous êtes d’accord avec moi qu’à certains bureaux politiques, des artistes sont venus se produire. J’adore les artistes, mais ce n’est pas à un Bureau politique qu’on invite des artistes à prester. Le Bureau politique est une instance de réflexion. On ne peut pas envoyer des artistes pour égayer les Notre forêt fout le camp. Sous nos yeux, le désert avance. Inexorablement. La pluviométrie baisse. On s’alarme. Mais, rien n’est fait. En tout cas, pas à la hauteur de l’ampleur du danger qui guette. A quoi bon aller signer des COP 21 ou COP 22. En grande pompe. Et on ne peut pas prendre des mesures courageuses en interne. Des Accords pour faire politiquement correct. Et mimer les grands de ce monde. Chez eux pourtant, la forêt est un trésor. CS TRAIT D’ESPRIT INTERVIEW/CISSÉ IBRAHIM BACONGO (MEMBRE DE LA DIRECTION DU RDR) : Irresponsabilité “Il nous faut être unis si on veut conserver le pouvoir en 2020” Son franc-parler dérange parfois, même dans son propre camp. Mais, le Ministre Cissé Ibrahim Bacongo reste égal à lui-même. Dans cet entretien accordé au Patriote, le conseiller spécial du Président de la République chargé des affaires juridiques et politiques ne détonne pas. Sans fard ni tabou, il se prononce sur le prochain congrès du RDR, la question des Soroïstes, du RHDP et surtout celle de l’union et l’entente au sein du RDR qui, pour lui, déterminera l’avenir de ce parti politique. RÉALISÉE PAR Y. SANGARÉ ET JEAN-CLAUDE COULIBALY LE PATRIOTE - N°5309 MERCREDI 23 AOÛT 2017 ACTU IVOIRE 3 membres du Bureau politique. Lorsque je le dis, ce n’est pour jeter la pierre à la direction du RDR. Puisque moi-même je fais partie de cette direction. Mais c’est pour dénoncer une situation anormale. LP : Que répondez-vous à ceux qui disent que vous critiquez ainsi la direction, parce que vous voulez être Secrétaire Général du RDR ? CIB : Vous pouvez crier sur tous les toits, être présents à la une de tous les journaux, mais ce n’est pas cela qui va constituer le critère de choix du Président. Son choix se fera en fonction de critères bien simples qu’il va déterminer. Je ne suis pas sûr que le fait d’être toujours dans la presse fasse partie de ces critères. On est des militants, le président va certainement apprécier le militantisme des uns et des autres, leur loyauté, leur fidélité. Autant de critères qui lui permettront de se faire aider par la personne étant la plus apte à être le Secrétaire Général du parti. Depuis 1994, j’écris des articles. Ce n’est pas pour avoir un poste, mais plutôt pour défendre le RDR, contribuer à son combat à ma manière là où je crois que je peux lui apporter quelque chose par des idées. C’est ce que je continue de faire. J’accorde maintenant quelques interviews à la presse, j’anime également des meetings. Ce que je ne faisais pas avant. Jusqu’à une certaine date, je n’étais pas capable d’animer des meetings. J’étais capable seulement d’écrire des articles, et c’est ce que je faisais. Il ne faut donc pas que les gens s’imaginent que tout ce que je fais vise un objectif particulier. LP : Les militants du RDR réclament le retour du président Ouattara à la tête de leur parti. N’est-ce pas là un aveu d’échec pour les cadres que le président revienne prendre les rênes du RDR ? CIB : Non, je ne suis pas de cet avis, parce que notre parti est jeune. Le RDR est né en 1994, mais 1994 c’était seulement hier. D’autres partis existent depuis 1946 et il y en a même qui vivent depuis longtemps à travers le monde. Le nôtre n’existe donc qu’à partir de 1994. Et nous sommes au pouvoir depuis seulement 6 ou 7 ans. Le Président aurait pu briguer peut-être un troisième ou un quatrième mandat. En homme d’honneur, il a décidé, à travers la Constitution de la 3ème République, que le mandat du Président ne doit pas dépasser 10 ans. Il a décidé de s’appliquer à lui-même cette disposition. Après ses deux mandats, il quittera la gestion des affaires publiques. Mais vis-à-vis du parti qu’il a forgé et fabriqué de ses mains, il a encore une très lourde responsabilité, à savoir faire en sorte que ce parti se renforce, s’enracine et bénéfice de ses compétences. Il faut aussi qu’avec le Président, le RDR continue d’avoir le rayonnement qu’il a à travers le monde ; qu’il puisse bénéficier de tout ce qu’il a comme atout. Ce serait une grosse erreur pour ne pas dire une faute très grave que de laisser ce parti parce qu’il n’est plus président de la République. Au surplus, les militants et les militantes pourraient le critiquer, le lui reprocher cela. Ils pourraient dire que le Président avait voulu tout simplement devenir Président de la République. Comme il l’est devenu, il nous jette, après ses deux mandats, par-dessus bord. Il quitte ainsi le navire et nous dit : «Débrouillez-vous». Le Président que je connais n’est pas du genre à fuir les responsabilités, à laisser les gens en rade. Pour nous, son retour à la tête du parti est une grosse chance. C’est une façon aussi de compenser la douleur de son départ, puisqu’il dit qu’il part. Le fait qu’il reste dans le parti atténue cette situation dans laquelle nous nous serions retrouvés sans lui, ni à la tête de l’Etat, ni à la tête du parti. LP : N’est-ce pas aussi une manière de rendre le RDR fort, au sein du RHDP dans l’optique des échéances électorales de 2020 ? CIB : Non, je ne crois pas que le Président ait seulement le regard rivé sur 2020. Il fait en sorte que le parti se consolide, se renforce, se bonifie et continue de tirer de lui ses forces pour aller de l’avant. Bien entendu, 2020 est une étape comme bien d’autres qui vont arriver. Ceux qui seront en 2020 ne seront certainement pas ceux qui seront là en 2025 et ainsi de suite. Mais, il faut que le parti continue de vivre dans le temps. LP : Vous l’avez dit, le Président s’en va. Pensez-vous que le candidat du RDR pour 2020 doit être connu à l’issue de congrès afin de mieux le préparer dans l’optique de cette échéance future ? CIB : C’est une question qui relève de la compétence du congrès. Car, c’est au congrès que nous allons définir notre stratégie d’ensemble. Le choix, la désignation du candidat, son profil…Bref, tout cela relève des compétences du congrès. Il faut que la question soit posée de sorte qu’on l’analyse ensemble. On ne doit pas faire cette analyse en vase clos. Il faut tenir compte des forces en présence, de la situation du monde, des enjeux qui le déterminent, qui déterminent son évolution. C’est en fonction de tout ça que le profil de notre candidat sera défini. Ensuite, on pourra fixer les modalités de désignation du candidat. Soit, un candidat est présenté à une convention et on l’adoube. Soit, on choisit de passer par des primaires. En définitive, c’est le congrès qui doit décider de tout ça. En dehors du congrès, tout le reste ne sera que pures spéculations qui vont plus nous diviser que par le passé. LP : Ce 3ème congrès ordinaire du RDR intervient à un moment où la polémique au sein du RHDP fait rage sur la question de l’alternance. Lors d’un meeting à Adjamé vous avez mis les pieds dans le plat et d’aucuns ont même dit que vous avez insulté le président Bédié. Qu’en est-il exactement ? CIB: Insulter le Président Bédié ? L’éducation que j’ai reçue ne me le permet pas. J’ai reçu une éducation très stricte, à la traditionnelle qui ne m’autorise même pas à regarder un aîné d’une certaine façon à plus forte raison lui parler d’une certaine manière. Jamais, je dis bien jamais, je n’ai pensé au Président Bédié lors du meeting d’Adjamé lorsque je parlais, à plus forte raison parler de lui. Vous savez, quand on est dans l’ambiance d’un meeting, on a le public en face et on essaie d’adapter son discours à ceux qui vous écoutent. Quand vous avez en face de vous des personnes qui ne sont pas des juristes, des politologues, des académiciens, et que c’est l’Ivoirien moyen, pour ne pas dire l’Ivoirien de base, ceux qui ne peuvent pas comprendre un français soutenu, il faut essayer de leur faire comprendre les choses dans la langue qu’ils utilisent. Comme ils disent que les politiques sont là pour manger car, pour eux gérer c’est manger, je voulais simplement dire que nous cogérons le pays, nous gérons le pays ensemble. Je le répète, je n’ai jamais pensé au président Bédié quand je parlais. Je parlais de cogestion. J’ai dit : « On est ensemble et vous voulez que je me lève pour que vous vous asseyiez, pourquoi ? ». C’est l’alternance que j’étais en train d’imager comme cela. Pour moi, l’alternance n’est pas une offre politique. D’ailleurs, l’alternance dont il est question n’est même pas une alternance. C’est ce que j’appelle une alternance adultérée, qui n’en est pas vraiment une au sens juridique et politique. Et je l’ai déjà dit à plusieurs reprises. L’alternance, c’est la succession au pouvoir d’Etat d’un parti par un autre, par la voie démocratique. Si c’est par la force, on parle d’alternance par coup d’Etat ou de force. Un parti arrive à la tête de l’Etat, à la place d’un autre parti. Mais, ce dont il s’agit ici, c’est tout simplement que le RDR n’ait pas de candidat en 2020, et que le RDR s’aligne dès le 1er tour derrière le candidat d’un autre parti. Ce n’est pas une alternance. Si on procède ainsi, qu’est-ce qui dit que le candidat qu’on va suivre va gagner les élections ? Une élection, il ne faut pas l’oublier, se gagne bien sûr avec la force qui est derrière le candidat mais aussi par l’équation personnelle du candidat. Si le candidat qui est présenté n’a pas la carrure qu’il faut, évidemment c’est comme s’il n’y avait personne derrière lui. En réalité, c’est du cinéma qui s’organise derrière lui et au bout, c’est tout le monde qui perd. Ce qu’ils demandent, ce n’est pas de toute façon une alternance. Ensuite, ce n’est pas de ça que les Ivoiriens ont besoin aujourd’hui. Qu’est-ce que les politiques offrent aux Ivoiriens et aux Ivoiriennes pour satisfaire leurs aspirations, répondre à leurs rêves, leurs besoins, à savoir la question de l’emploi, de l’éducation, de la sécurité, de la santé. Les Ivoiriens, à l’instar des citoyens du monde entier, ont des préoccupations, des angoisses, des doutes. Les politiques doivent apporter des réponses à tout ça. C’est cela qui fait l’offre. Malheureusement dans tout ce qu’on entend, il n’y a même pas la promesse d’un espoir, même illusoire. On dit tout simplement : « En 2020, c’est nous». Mais, c’est pour faire quoi ? Puisque nous sommes actuellement ensemble dans la cogestion, est-ce cette cogestion que vous critiquez ? Est-ce que ce que nous sommes en train de faire ensemble n’est pas bon ? Si tel est le cas, il faut rectifier le tir maintenant pendant que nous sommes là. Il ne faut pas dire qu’en 2020, c’est nous. Ce que vous pouvez faire en 2020, pourquoi ne le faisons-nous pas ensemble pour être plus crédibles, au lieu d’attendre 2020 ? Si ce qu’on fait maintenant n’est pas bon, pourquoi le fait-on ? C’est ce que je pose comme question. Cette manière de critiquer indirectement les actions du gouvernement auquel on participe pose un problème. Pour moi, il faut que ceux qui parlent d’alternance offrent aux Ivoiriens leurs solutions. Ainsi, ils seront certainement mieux entendus et plus crédibles. Tant qu’ils ne disent pas ce qu’ils feront en 2020 et qu’ils ne peuvent pas faire aujourd’hui alors que nous sommes ensemble au pouvoir, c’est qu’il y a un problème. LP : Justement, dans ce contexte peut-on croire encore au parti unifié? CIB : Oui. Pour moi, le parti unifié, c’est l’assurance tous risques. En étant au parti unifié, tous ces discours qui nous divertissent n’ont leur raison d’être puisque nous serons tous dans le même parti. Le choix d’un candidat va se faire à l’intérieur de ce parti. La ligne politique à adopter va se faire à l’intérieur de ce parti. Le programme de gouvernement, qui sera mis en œuvre sur la base d’un projet de société, va être également conçu au sein de ce même parti. Et au surplus, ce parti va garantir à la Côte d’Ivoire, la sécurité, la stabilité pendant des décennies et des décennies, parce qu’il rassemblera les partis qui représentent au moins 80% de l’électorat et des populations ivoiriens. Le parti unifié, c’est la sécurité tous risques. C’est vrai qu’il peut y avoir quelques difficultés, mais rien de durable ne se construit dans la facilité. Quand on fait de grandes œuvres, il faut toujours s’attendre à des moments de doute, mais il faut les surmonter. Le comité ad ’hoc mis en place par le RHDP pour élaborer les textes du parti unifié, que j’ai eu l’honneur de diriger, a fini depuis le mois de septembre 2016 d’élaborer les textes. Nous avons rédigé un manifeste qui explique pourquoi il faut créer le parti unifié. Ensuite, nous avons fait les statuts et le règlement intérieur. Nous avons également élaboré la procédure de création du parti unifié et la note d’orientation. Ces cinq documents ont été remis au président du directoire du RHDP, le ministre Amadou Soumahoro, puis transmis à qui de droit. Il suffit simplement de s’appuyer sur le document qui définit la procédure de création et le parti unifié sera né. Il faut que des pas soient posés. Ce parti unifié, je le dis et je le répète, c’est l’assurance tous risques. LP : Si le PDCI maintient sa volonté d’avoir son candidat pour l’élection présidentielle de 2020, le parti unifié ne sera-t-il pas un projet mort-né ? CIB : Le PDCI a déjà dit que vaille que vaille il aura un candidat en 2020. Ça veut dire qu’il y ait parti unifié ou pas, le PDCI aura son candidat. Mais, moi, je ne désespère pas du tout, car même si le PDCI a un candidat en 2020, on peut sauver le minimum au moins, c’est-à-dire l’alliance. C’est sur la base de l’alliance que nous fonctionnons actuellement. Les gens l’oublient souvent. Ils pensent que c’est en prévision du parti unifié qu’il y a eu l’accord de 2010 à savoir le report de voix ; l’appel de Daoukro. Non, ce n’est pas ça. Le report de voix en 2010 a eu lieu sur la base de la plateforme des Houphouétistes qui dit de façon claire et nette qu’on se bat pour conquérir le pouvoir d’Etat ensemble et que lorsque nous l’avons conquis, on le gère ensemble. Dans les modalités d’application, il est mentionné qu’on va tous ensemble aux élections et que celui des candidats des différents partis qui arrivera en tête au premier tour bénéficiera du soutien des autres partis au second tour. C’est ce qui s’est passé en 2010. Si c’était un candidat autre que le Président Alassane Ouattara qui était arrivé au second tour, le RDR aurait voté, peut-être, plus massivement que notre président en a bénéficié. Il aurait peut-être eu 60% de voix, sinon plus. Le RDR a une particularité. Il a un respect tel pour le président qu’il suffit qu’il lève le petit doigt pour que tout le monde parte dans la direction indiquée. Malgré tout ce qui se passe actuellement, personne n’ose remettre son leadership en cause. Ce qui a été fait donc en 2010, c’est tout simplement le respect des engagements de la plateforme. En 2015, il y a eu une continuité de ce qui s’était passé cinq ans plus tôt. Ce qui aurait été un peu difficile à comprendre, c’est qu’après avoir géré le pays ensemble de 2010 à 2015, et surtout obtenu le bilan que nous avons eu ensemble, les autres partis membres du RHDP présentent des candidats face à celui du RDR, qui est le président sortant. L’appel de Daoukro, c’était pour reconnaître que le bilan du Président Alassane Ouattara est satisfaisant. Mais, de mon point de vue, cet appel n’était pas subordonné à une contrepartie. Donc, le PDCI peut avoir un candidat en 2020, le RDR aussi. De toute façon, le Président de la République a coupé court le 6 août dernier (lors de son message à la Nation à la veille de la fête nationale), en affirmant que tous ceux qui veulent être candidats en 2020 fassent acte de candidature. Maintenant, peut-être qu’on peut faire tout cela sur la base d’une alliance, celle qui existe actuellement. On part tous et celui qui arrive en tête au premier tour, on le soutient tous. LP : Un retour en arrière avant de finir cet entretien, vous étiez le Président du comité scientifique du congrès de 2008 où beaucoup de choses ont été dites. Qu’est-ce qui a été fait depuis cette date ? CIB : Avec la proximité des élections de 2010, toutes les résolutions du congrès n’ont pas été mises en œuvre. Mais, certaines actions ont pu être traduites en actes. Ainsi, les secrétaires départementaux ont été élus. Les sections ont été renouvelées. Les commissaires politiques ont été aussi élus, pour la plupart, même si quelques-uns ont été nommés. Le congrès du RDR a eu lieu, celui du RJR également, sans oublier le congrès du RFR. C’est vrai que d’autres choses auraient pu être faites et ne l’ont pas été. Le 3ème congrès ordinaire sera justement l’occasion pour que tout cela soit revu, afin que le RDR soit vraiment mis en ordre de bataille dans la perspective des échéances électorales de 2020. LP : C’est le premier congrès du RDR au pouvoir. Avez-vous un message particulier à lancer aux militants ? CIB : Je voudrais sincèrement dire merci aux militants qui sont restés débout, même dans le doute, la tourmente et la tempête. On peut avoir l’impression parfois qu’ils ne se sentent plus concernés ni par ce qui se fait dans le parti, ni par ce qui se fait au niveau du gouvernement, mais il suffit simplement que leur orgueil soit fouetté, qu’ils perçoivent eux-mêmes un petit danger au niveau du parti, pour qu’ils sortent leurs griffes. Je voudrais leur dire encore merci et félicitations pour leur détermination malgré tout ce qui a pu se passer, le combat qui a été rude. Beaucoup d’entre eux n’ont pas eu de retour sur les investissements qu’ils ont consentis : investissements moraux, matériels, intellectuels et politiques. Mais, ils restent toujours en attente parce qu’ils espèrent que demain, après notamment le congrès, à la faveur des prochaines élections lorsque nous allons nous maintenir, tout ce qu’ils n’ont pas encore pu obtenir, ils vont l’avoir. Et puis, je voudrais surtout les encourager à maintenir la flamme militante. En tant que collaborateurs du président de la République à différents niveaux, nous essayons de faire le maximum pour réduire la pression qui s’exerce sur les militants. On fait en sorte de leur donner de l’espoir, des raisons de continuer de se battre, parce qu’on sait très bien que c’est sûr qu’on va y arriver. Je voudrais enfin leur demander de cultiver la cohésion. Il faut que la cohé- sion et la fraternité, qui ont été le ciment du RDR, continuent d’exister, d’être cultivés. Il faut l’addition de toutes les grosses têtes. Il faut qu’on ajoute à Amadou Gon Coulibaly, Hamed Bakayoko. Il faut qu’on ajoute à Hamed Bakayoko, Guillaume Soro. Et Guillaume Soro, il faut qu’on ajoute Amadou Soumahoro, Gilbert Kafana Koné, Adama Bictogo, Kandia Camara, Bacongo Cissé et tous les autres. Il faut qu’on soit tous ensemble. Aucun de nous ne doit manquer à l’appel, parce que si un seul manque, ça sera un seul de trop qui pourrait nous faire perdre (le pouvoir). Les militants doivent être dans cet état d’esprit. 


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